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A la une - Politique - 19 juin 2019

Lutte contre la corruption : La saga judiciaire aura de beaux jours devant elle

Libérée par le ‘’Hirak’’ et encouragée par les garanties données par le chef d’Etat-major de l’ANP, la justice frappe fort ! C’est le moins que l’on puisse dire devant le ballet des hauts responsables politiques qui défilent un à un devant les magistrats. Ce qui n’est, en tous les cas, pas pour déplaire au peuple algérien qui  réclame depuis le début du mouvement populaire, le 22 février dernier, que justice soit faite.
Des ex-Premiers ministres croupissent dans la prison. Qui l’aurait cru il y a à peine quelques mois ? Sans doute aucune personne n’aurait mis un sou ou pronostiqué un tel scénario qui s’est accéléré juste après le mois sacré de Ramadhan. Les observateurs ne manquent pas à cet effet de faire le lien avec la désignation de Zeghmati à la tête du parquet général près la Cour d’Alger, auteur, souvenons-nous, du mandat d’arrêt lancé contre Chakib Khelil, l’ancien ministre de l’Energie et néanmoins un proche du cercle de Bouteflika.
Dés son retour aux affaires de la justice (il a été limogé en 2015), le Procureur général a accéléré la cadence du traitement des affaires. Les premières auditions au niveau du tribunal correctionnel de Sidi M’hamed ont eu lieu d’ailleurs, ironie du calendrier, le jour même de sa désignation. Le 16 mai en effet, Ouyahia et Sellal ont comparu devant le procureur de la République dans l’affaire de Haddad, le patron de l’ETRHB. Ils n’étaient pas seuls. Il y avait également Karim Djoudi, ex-ministre des Finances, Amara Benyounès, ex-ministre du Commerce et président du MPA, le mouvement populaire algérien, ainsi que l’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh. Ils sont tous soupçonnés de faits de corruption et autres malversations dans les scandales de plusieurs hommes d’affaires, dont Haddad et Kouninef, qui se trouvaient déjà en détention provisoire et Tahkout, qui suivra la même voie un peu plus tard.
Le 26 mai, les choses se sont encore accélérées lorsque le Parquet général près la Cour d’Alger transmet au Procureur général près la Cour suprême le dossier d’enquête préliminaire instruite par la Gendarmerie nationale pour des faits à caractère pénal, à l’encontre de 12 anciens responsables qui bénéficient de la règle du privilège de juridiction en raison de leurs fonctions au moment des faits, conformément à des dispositions du code de procédure pénale (article 543).
Ouyahia, le coup de tonnerre !
Outre Ouyahia et Sellal, sont cités les anciens ministres Zaalane, Tou, Talaï, Ghoul, Amara Benyounès, Bouazghi, Karim Djoudi et Bouchouareb ainsi que des walis et ex-walis, à savoir Khanfar et Zoukh.            Moins d’une semaine après les fêtes de l’Aid El Fitr, le 10 juin plus précisément, la famille Tahkout est transférée à la prison. Le dossier est très lourd. L’homme d’affaire traine derrière plusieurs ex-hauts responsables, comme c’est le cas dans l’affaire Haddad. La justice entend Ouyahia, Yousfi, Zaalane et Zoukh. Ces derniers échappent encore une fois à la « correctionnelle » mais deux jours plus tard, c’est le coup de tonnerre. Ouyahia est placé en détention provisoire par le juge enquêteur près la Cour suprême et passe sa première nuit à El Harrach alors que Zaalane est plus chanceux dans la mesure où il a été mis sous contrôle judiciaire. Le lendemain, jeudi 11 juin, la saga judiciaire ne s’estompe pas, bien au contraire. Un autre ex-Premier ministre, en l’occurrence Sellal est placé en détention provisoire pour les mêmes motifs. Idem pour Amara Benyounès, un autre membre du gouvernement sous Bouteflika, qui rejoindre ses anciens chefs hiérarchiques. Après un break de week-end, les choses reprennent de plus belle. Tour à tour, Djoudi, Tou et Zoukh seront eux aussi placés sous contrôle judiciaire. D’autres têtes seront attendues au tournant.
D’autres têtes vont tomber
On pense notamment à Ould Abbès et Barkat qui ont tous deux renoncé à leur immunité parlementaire, en attendant la levée de celles de Ghoul et Talai. Les noms de Boudiaf, Ouali, Necib ou encore Mohamed Djellab, tous anciens ministres sont également cités, selon des sources médiatiques, de même que l’actuel premier responsable du tourisme, Benmessaoud. Bouchouareb risque quant à lui un mandat d’arrêt international pour la simple raison qu’il n’a pas daigné répondre à la convocation de la justice (il se retrouverait au Liban).
Tous ces anciens dirigeants ont été trainés dans la « boue » par les nombreux hommes d’affaires qui ont proliféré sous le règne de Bouteflika, bénéficié pour certains de privilèges exceptionnels et surtout illégaux et se sont enrichis pour devenir des milliardaires. Les plus célèbres d’entre eux ont été arrêtés ces dernières semaines. A commencer par Haddad, le premier qui avait ouvert la voie d’El Harrach. D’ailleurs, il a écopé ce mercredi de six mois de prison pour une affaire de moindre acabit par rapport aux autres (détention d’un 2ème passeport), en attendant la suite de ses gros dossiers. Le patron de l’ERTHB sera suivi par les frères Kouninef, Rebrab, Tahkout et le dernier venu Eulmi de Sovac.
Hadad a ouvert le bal
A signaler enfin que d’autres ex-hauts responsables croupissent à la prison pour des raisons autres que celles de corruption. Il s’agit de Said Bouteflika, conseiller et frère du président démissionnaire, des ex-patrons du service du renseignement (DRS), Toufik et Tartag, incarcérés à la prison de Blida depuis la veille du mois de Ramadhan. Ils sont poursuivis par le tribunal militaire de Blida pour atteinte à l’autorité de l’armée et complot contre l’autorité de l’Etat. Quelques jours plus tard, Louisa Hanoune subira le même sort et se trouve impliquée dans cette affaire. Convoquée comme témoin, elle ne retournera pas chez elle, ce 9 mai, et sera transférée dans une prison civile pour les mêmes chefs d’inculpation que les trois autres responsables.
Avant la SG du PT, un personnage très controversé sera incarcéré. Il s’agit de Hamid Melzi, l’ex-directeur du Club des Pins, placé sous mandat de dépôt  par le juge d’instruction du tribunal de Sidi M’hamed pour ‘‘collecte d’informations de nature à porter atteinte à l’économie et à la défense nationales au profit d’une puissance étrangère’’ et ‘’détentions de munitions’’.
Le général-major à la retraite, Ali Ghediri, complètera la liste des hommes politiques impliqués dans des affaires de souveraineté nationale. Le candidat à la présidentielle annulée du 18 avril a été placé en effet sous mandat de dépôt, jeudi 13 juin, par le juge d’instruction près le tribunal de Dar El Beida.  Il est accusé de participation à la remise à des agents étrangers d’informations portant atteinte à l’économie nationale. Qu’on se le dise tout de suite ; l’été risque d’être très chaud …
Liès Bourouis

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